Souhaib Ar-Roumi, un compagnon au grand cœur

Souhaib Ar-Roumi (de son vrai nom : Souhaib Ibn Sinan) naquit en 591, il grandit dans la ville de Bassora alors à l’époque source de rivalité perso-byzantine, et constituée d’une population majoritairement arabophone.

Durant son enfance, il fut capturé après une attaque des Byzantins dans la région et vendu sur les marchés aux esclaves. A travers sa situation précaire, Souhaib découvrit la vie au sein de l’Empire byzantin. Cette dernière est marquée par le prestige impérial, l’affirmation du christianisme, l’aristocratie de culture grecque ainsi que des mœurs auxquelles il n’adhérait pas.

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En orange, l’Empire byzantin sous Justinien.

Il passa toute sa jeunesse dans ces conditions avec la ferme intention de s’enfuir au-delà des possessions byzantines, c’est ainsi qu’il s’installa à La Mecque. Il se rapprocha des élites mecquoises avec lesquelles Souhaib travailla dans le domaine commercial, principale source de richesse pour la cité arabe. C’est ainsi qu’il obtint le surnom de Ar-Roumi (le Romain c.a.d le Byzantin) en raison de son origine et de ses traits caucasiens. Il s’avéra être un commerçant et négociant d’une grande efficacité puisqu’il suscita la jalousie de nombreux Mecquois en raison de la prospérité de son entreprise : « comment un ancien esclave, venu pauvre dans la cité de la protection, put-il si vite s’enrichir ? ».

Souhaib, fils d’un gouverneur et donc instruit, était très au fait des rivalités religieuses de l’époque entre le polythéisme sassanide, celui des Mecquois et la diffusion du christianisme byzantin. C’est dans ce contexte, qu’il fût touché par la noblesse de caractère du Prophète Mohamed (sws), et se convertit le soir même de sa rencontre avec le Messager (sws).

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Détail de la grande mosquée de Damas, ancienne ville byzantine conquise par les musulmans.

Souhaib se distingua par sa grande générosité d’âme, il mit sur le champ ses biens au service de sa foi. Et lorsqu’il émigra vers Médine, il abandonna toute sa richesse pour rechercher celle d’Allah. Accueilli par le sourire du Prophète (sws), Ar-Roumi perpétua cette générosité envers les pauvres à tel point que les autres compagnons du Prophète, comme Omar Ibn Al Khattab, furent surpris par ses dons (nature/argent/âme). Ce trait de caractère devint un signe de distinction.

Ce compagnon, aimé du Prophète (sws), incarne la dimension universelle de l’islam par son origine ethnique : un Arabe du nord ayant connu la culture gréco-byzantine.

Par l’aspect social : issu d’une famille aisée, devenu esclave pendant vingt ans, avant de devenir un riche commerçant.

Et l’aspect moral : via sa générosité au service de Dieu et de sa foi, devenant ainsi le compagnon associé à cette qualité.

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Mehdi Benchabane

 

 

 

 

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Fès en quelques zooms

Il ne faut pas isoler Fes du reste du Maghreb. La dynastie des Merinides (Banu Marin – 1250-1450) s’est toujours tournée vers la conquête de l’ensemble de la région notamment Tlemcen entre les mains des Abdelwadides. A deux reprises, les Merinides parviennent à prendre la Tunisie actuelle tout en gardant Fes comme capitale ! Mais l’Etat mérinide finit par se disloquer suite à la violente peste de 1348 et aux révoltes des principales villes comme Tunis, Bejaia et Tlemcen.


A Fes. Le sultan merinide Abu Inan constitue une grande bibliothèque autour de 1350 qui attire des étudiants de tout le Maghreb. La cité devient le plus grand centre intellectuel maghrebin. Sous les Merinides au XIIIeme et XIVeme siècle, Fes est à son apogée. Et devient la capitale intellectuelle, politique et spirituelle du Maghreb.


La madrasa Bou Anania de Fes est fondée par le sultan merinide Abu Inan. Ce bijou de l’art maghrebin est habité par des étudiants maghrebins venus se parfaire dans le droit malikite. La madrasa possédait un domaine foncier pour assurer son financement. Cette madrasa est rattachée à une horloge mécanique datant de 1286, innovation majeure pour l’époque qui permettait de calculer les prières avec une grande précision. Contribuant à la renommée de cette madrasa ouverte au public.


Fès touche le coeur du musulman. Grande et unique dans ses remparts almohades bien conservés. Pourquoi ? Fes rappelle la grandeur de l’islam, fondée par les Arabes au VIIIeme siècle. Elle fait partie de ces phares du monde musulman classique aux côtés de Damas, Bagdad, et Le Caire. Son architecture typiquement maghrebine fait raisonner Al Andalus en nous, la finesse, le travail, la science, la calligraphie… Tout cela se dégage dans la cité maghrebine. Un passé où l’islam rayonnait, un pincement au coeur d’un hier à la fois si loin et si proche. Unité de la Médina et unité du Maghreb dans sa culture arabo-berbère, faisant oublier un instant les désillusions frontalières d’aujourd’hui. Ce n’est pas une histoire disciplinaire que je livre ici, mais un sentiment du coeur.

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Mehdi Benchabane

La taïfa de Saragosse, l’islam aux portes des Pyrénées

La taïfa de Saragosse fait partie des ces émirats régionaux faisant en premier face aux royaumes de Castille et d’Aragon. Après la chute du califat Ommeyade, la taïfa de Saragosse est prise en main par les Banu Toujib dès 1018 puis par les Banu Houd à partir de 1039 jusqu’en 1118. Date où Saraqusta (en arabe) est définitivement prise par les chrétiens.

Située dans la vallée de l’Ebre, la ville connait un véritable développement au XIème siècle en se mettant en partie sous la protection des Etats chrétiens du nord avant d’être prise par les Almoravides en 1110.

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Le palais de l’Aljaferia (qasr al jafariya) construit sous Al Mouqtadir est le principal témoignage du rayonnement de la ville, mais aussi de son besoin perpétuel d’être défendue : à la fois marquée par une architecture militaire extérieure, et plus palatial, esthétique et ornementale à l’intérieur.

On retrouve aussi des vestiges de l’ancienne grande mosquée, en grande partie détruite et transformée en cathédrale.

Pour l’anecdote, Rodrigo Diaz de Vivar à la tête de Valence, plus connu sous le nom du Cid, se mit au service du souverain musulman de Saragosse en 1081.

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Intérieur du palais.

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Extérieur du palais.

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Ornements de l’ancienne grande mosquée de la ville. 

Mehdi Benchabane

La Qalaa des Banu Hammad : une cité brillante de l’islam classique

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En 1007, Hammad Ibn Bologhine, héritier des Zirides régnant sur l’Ifriqiya, est envoyé par ses proches au sein du Maghreb central pour le pacifier et le ramener dans le giron de la famille.

Cette même année, il fonde dans le centre-est de l’Algérie actuelle (wilaya de M’sila) une qalaa (ville fortifiée) afin de s’installer durablement sur les territoires conquis sur les tribus berbères et arabes. Il décide d’en faire sa capitale, et se détache des Zirides en 1014, créant ainsi sa propre dynastie.

Sa ville se développe entre deux cours d’eau, sur une colline, entourée dès l’origine de murailles de plusieurs kilomètres. Au sud, on retrouve le coeur de la cité autour de la grande mosquée dont l’architecture est typique du Maghreb : une vaste cour centrale, une salle de prière à colonnes sur le plan des mosquées de Kairouan, de Cordoue ou de Marrakech. Une maqsoura y est installée pour protéger le souverain hammadide lors de la prière du vendredi ou des grandes occasions festives. Le minaret, encore présent de nos jours, est décoré sur le côté faisant face à la salle de prière par un ensemble de céramique et de pierre travaillée regroupant des motifs islamiques, orientaux et méditerranéens. Un escalier permettait au muezzin de monter faire l’appel à la prière.

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Au nord, le palais des émirs ou du lac est un grand ensemble palatial protégé : un bassin permet d’apporter de l’eau (stockage, distribution) au sein de l’édifice, de la fraîcheur mais aussi un élément architectural de grande valeur.

A l’est, on retrouve le palais du Manar dont l’archéologie a mis en lumière le donjon servant à protéger la ville en cas d’attaques et inspiré de l’architecture orientale, un système de miroirs permettait de signaler tout danger proche, les éléments de construction sont de haute valeur : céramique, marbre, stuc…

La qalaa connait son apogée tout au long du XIème siècle, c’est une ville florissante qui attire beaucoup de commerçants, de voyageurs, d’artistes ou des intellectuels venus du Maghreb ou du Machrek. Cependant, la ville est confrontée d’une part à la menace Ziride, ces derniers cherchant à rétablir leur domination sur le Maghreb central (en vain) et l’avancée des banu hilal qui menacent toute la région à cette époque.

Ceci oblige Al Mansour, alors souverain hammadide, à quitter la qalaa en direction de Bejaia (Bougie) plus au nord qui est naturellement protégée face aux Arabes hilaliens. Il ne laisse pas tomber la qalaa qu’il continue d’aménager mais ses successeurs délaissent progressivement cette dernière au profit de la nouvelle capitale hammadide.

La qalaa est fouillée par des archéologues français pendant la période coloniale, offrant de nombreux témoignages du rayonnement de la civilisation musulmane dans la cité. Aujourd’hui, les vestiges sont toujours présents et s’élancent dans la beauté des plaines du Hodna.

  • Mehdi Benchabane

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Tlemcen, ville de l’islam et du Maghreb.

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Tlemcen en Algérie est la soeur de Fes. Capitale des Abdelwadides (nommés aussi Zianides), elle devient un lieu essentiel du Maghreb central (Al Maghreb al Awsat) sous cette dynastie au XIIIème et XIVème siècle.

Tlemcen est marquée par une grande mosquée encore visible de nos jours, plusieurs madrasas et des remparts solidifiés par les Almoravides mais détruit par les Almohades. Puis reconstruit sous les Abdelwadides. Ibn Khaldoun décrivit l’histoire de Tlemcen.

Les Mérinides ont construit une ville camp nommée Al Mansoura dont il reste des vestiges aujourd’hui notamment le minaret de la grande mosquée afin de contrôler Tlemcen qui finalement restera entre les mains des Abdelwadides, devenant plus ou moins des vassaux des Mérinides. Dès le IXème siècle, des chroniqueurs arabes décrivent la ville comme la capitale du Maghreb central, ancêtre lointain de l’Algérie moderne.

Mehdi Benchabane

683 : la bataille de Vescera

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En 683, la bataille de Vescera (nom antique de Biskra) oppose le célèbre Oqba Ibn Nafi au berbère Koceila. De retour d’une expédition dans le Maghreb extrême (Maroc) contre les Berbères du Souss.

Oqba alors en infériorité numérique est pris à parti par le chef berbère Koceila dans une embuscade soigneusement préparée puisque tous les points d’eaux aux alentours de Biskra sont contrôlés par ses hommes. Cette défaite musulmane met un coup d’arrêt temporaire à la conquête de ce qui deviendra le Maghreb.


Oqba Ibn Nafi est enterré sur place avec d’autres compagnons du Prophète (sws). Quelques années plus tard Biskra est définitivement reprise. Et Koceila battu.

Photo : Fantasia à Biskra. Est algérien. Porte du désert.

Mehdi Benchabane

La cavalerie numide

19642303_721142671405467_3021693377591698701_n.jpgLa cavalerie numide (grand est de l’Algerie) est la cavalerie la plus réputée de l’Antiquité. Rapides, intrépides et endurants les Numides deviennent une référence grâce à leur technique d’harcèlement de l’ennemi et par leur coordination.

Ils se distinguent notamment lors de la bataille de Cannes en 216 av JC (45000 morts) en entourant et écrasant l’armée romaine au profit d’Hannibal et de Carthage. Ils se retrouveront plus tard dans le camp romain puisqu’ils participent à la bataille de Zama qui met à genoux Carthage avant sa destruction.

Le cavalier numide est équipé d’un bouclier et d’un javelot, son cheval n’a pas de selle et il le dirige grâce à une corde. Leur réputation est telle qu’ils finissent par devenir l’élite de la cavalerie romaine, et participent à la garde personnelle de l’Empereur.

Celle-ci perdura à travers l’histoire puisque leurs héritiers sont les cavaliers berbères qui participèrent à l’opposition face à la conquête arabe du Maghreb avant d’entrer eux mêmes au service de l’islam pour la conquête d’Al Andalus.

Mehdi Benchabane